Chapitre II Partie 4 bis

Publié le par Maybe

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Des larmes coulèrent le long de ses joues et se posèrent sur le drap humide. Enna ouvrit les yeux délicatement et comprit tous les sentiments qu’elle avait ressentis lors de ses précédentes visions. Elle en voulait à Kerry de l’avoir abandonné dans un moment si tragique, il avait préférait sauver sa vie plutôt que de l’aider, elle s’en voulait de n’être pas rentrée plus vite au village, elle avait abandonné sa famille. Et Himmel, cet Himmel, elle ressentait une haine ineffaçable, inoubliable. C’était sa faute, un être n’a pas le droit de souffrir ainsi, pas sans raison. Elle allait lui faire payer. C’était décidé. De toute façon elle n’avait plus rien à perdre, elle avait délaissé son rendez-vous avec la mort. Tôt ou tard, le destin la rattraperait. En attendant, il fallait tout mettre en œuvre pour se venger. Pendant sa réflexion, les images et les voix continuaient de défiler dans sa tête. Les images allaient trop vite, le son était trop fort. Elle soupira, épuisée par ce remue-ménage. Elle leva ses yeux pleins de fatigue.

Le feu brûlait doucement dans l’âtre. Il n’y avait personne dans la chaumière. Tout était calme. Enna se leva difficilement. Les feuilles de papier qu’elles avaient vu blanches auparavant étaient remplies de signes et de dessins. Elle ne comprenait pas ce qui était écrit mais elle reconnut les dessins que représentaient le lac et le centaure. Son corps se convulsa, elle suffoquait. Quelle chaleur ! Elle se dirigea vers la sortie mais  la porte était verrouillée. Elle ne chercha pas à comprendre. Elle vit l’échelle et monta au grenier, puis accéda au toit.

Il faisait nuit noire. Le cappapetta lui avait enlevé toute notion du temps. L’air était glacial. La nuit resplendissait, éclairée par des centaines d’astres. Ecken était là, debout appuyé contre la cheminée. Le haut de son corps était caché par la pénombre. Il ne bougea pas à son arrivée. Enna ne savait pas s’il l’avait remarquée. Elle avait peur de lui mais elle était trop épuisée pour s’enfuir. Elle s’assied au bord du toit, ses jambes se balançant dans le vide. L’air frais lui faisait du bien. Un léger bruit la fit se retourner. Ecken avait changé de position. Enna aperçut enfin son visage. Il ne parut pas la remarquer, il semblait absorber par le ciel. Elle regarda à son tour les astres. Combien de fois s’était-elle assise avec sa famille dans l’herbe et avait regardé ces étoiles ? Les larmes lui montèrent aux yeux. Il ne fallait pas qu’elle pleure. Ce n’était pas la mentalité d’un Paysan. Si quelqu’un meurt, on lui fait une cérémonie grandiose et on continue sa vie. Aucune larme ne doit être versée. Oui, mais Enna n’avait pas pu les enterrer, elle n’avait pas eu le temps. Alors j’ai le droit, se dit-elle. Oui j’ai le droit de pleurer leur mort injuste. Et elle craqua. Elle libéra enfin son cœur. Ses soubresauts enlevèrent Ecken à sa rêverie. Pour la première fois, il la regarda sans aucun mépris. Il s’approcha d’elle tout doucement et la prit dans ses bras. Enna ne réagit pas et se laissa faire. Elle vida toutes ses larmes sur le torse d’Ecken. Celui-ci lui parlait, lui disait que ce n’était pas grave, que la vie se poursuivait et essayait de trouver les mots appropriés. Enna ne prêta pas attention à ce qu’il racontait, elle savait déjà tout cela.

 

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Publié dans La Plume et le glaive

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