Pharmacie (Partie 2/2)

Publié le par leslignesdegalatee.over-blog.com

Un homme et une femme, âgés d’une vingtaine d’années. L’homme murmurait sans cesse, la femme le tenait par le bras, embarrassée. Elle pouvait être jolie, si son chemisier avait été bien boutonné et son chignon mieux effectué. L’homme, totalement débraillé, ne pouvait s’empêcher de gigoter dans tous les sens.

- Bonjour monsieur. Nathalie 84. Je vous amène mon collègue Paul 137.

- Je m’appelle Paul. Paul tout court !! Bonjour Monsieur Hima.

Il tendit la main vers le pharmacien en se penchant dangereusement sur le comptoir. S’il n’y avait pas l’homme noir dans la cabine 1, il n’aurait pas hésiter à prendre sa batte pour chasser ce malotru.

- Je vais très bien, je vous assure, ma collègue est fatiguée je pense. Je disais juste que pourquoi, vous, vous auriez droit à un nom et pas moi hein ?

- Paul arrête s’il te plait ! chuchota Nathalie 84.

- Vous l’appelez Paul ? s’étonna Hima.

S’il y avait bien une chose qui l’agaçait, c’était les gens qui se prétendaient au dessus de leur rang. Bien sûr il ne pouvait s’empêcher  de compatir pour les âmes faibles qui, dès leur naissance, étaient soumis à un lynchage permanent. Ce n’était pas de leur faute. Mais pour le reste, les scientifiques les avaient placés ainsi depuis leur naissance, c’était juste et inébranlable.

- J’aimerais seulement qu’il arrête de gigoter, qu’il passe un entretien avec un scientifique, pour qu’il soit de nouveau apte à travailler.

- On l’a renvoyé ?

- Non, juste quelques jours de vacances.

- Vous êtes proches ?

Ses joues s’empourprèrent. Elle relâcha son étreinte et releva le menton, indignée.

- Non, non, juste un collègue.

- Bien, cabine 11, je vous mets en communication.

- Merci Monsieur Hima. Allez Paul viens.

- C’est ridicule Nat’. Franchement, je vais bien. Pourquoi on ne va pas au travail, dis ? Je suis un pantin, un simple pantin. Je suis crée pour exécuter ce que le suprême veut, ne le faisons pas attendre Nat voyons.

 

Paul continuait de discourir quand Nathalie 84 le fit entrer dans la cabine. L’écran s’alluma aussitôt. La voix du scientifique grésillait sans cesse.

- C’est pourquoi ?

- J’aurais besoin d’une consultation pour mon collègue. Il dit des choses…

- Je dis ce que je pense c’est tout !

- Moui, mauvais tout ça, mauvais, dit le scientifique. Présentez vous jeune homme.

- Paul, né dans une éprouvette de plexiglas, je suis en 200 modèles dans ce monde, admirez ma diversité !! Je…

- Merci monsieur. Madame, votre nom ?

- Euh Nathalie 84… Pourquoi vous me demander ça ? s’inquiéta t-elle.

- Dites au revoir à votre collègue s’il vous plait et sortait de la cabine.

- D’accord.

Elle tira le rideau et recula d’un pas. Elle essaya de parler sans émotions, elle savait qu’elle était observée.

- Au revoir Paul 137.

- Nat’ qu’est ce que tu fais ? Vas y petit pantin !

Nathalie 84 referma le rideau d’un geste sec. Paul essaya de forcer le passage en continuant de maugréer. La jeune femme pressa le rideau des deux côtés du mur, empêchant le jeune homme de sortir.

- Abandonne moi. T’es comme les autres de toute façon.

Elle entendit quelques bribes de paroles.

- Avez-vous quelque chose à ajouter ? dit le scientifique d’une voix agacée.

- Ouais je vais te dire sale scientifique de …

Puis un grand bruit, et le silence.

 

Nathalie 84 se présenta au comptoir. Elle avait mal aux mains en aillant forcer si fort contre les parois du mur. Un client se trouvait devant elle. Un grand homme d’une trentaine d’années, à la peau si pâle, et de très beaux yeux marrons comme on n’en trouvait plus. Beaucoup plus intéressants que ceux de Paul 137.

- Je vous dois combien Mr Hima ?

- Rien du tout, filez. Et vite avant que mon collègue ne revienne.

L’homme partit précipitamment sans demander son reste. Hima poussa un soupir de satisfaction. Il prit un ton et un sourire professionnels.

- Madame, je vous écoute.

- Nathalie 84, mon collègue Paul 137 a fini… son entretien dans la cabine.

- Bien nous allons régler cela tout de suite.

Hima s’approcha du micro posé sur le comptoir.

- Igor192 tu m’entends ? Pense à décharger le dessous de la cabine 11 rapidement, il y a un troisième cadavre qui est arrivé.

Pios arriva et croisa le regard de son collègue.

- La police arrive.

- Le client vient de partir, tu peux renvoyer un message pour leur dire que c’est inutile de venir.

- Et bien je ferais une déposition… Madame ?

- Mon collègue…

- Paul 137 est passé de l’autre côté, coupa Hima. Tu peux regarder la vidéo pour déterminer sur combien de pics il est tombé ?

- Bien sûr.

Pios s’approcha de l’écran numéroté 11 et à l’aide d’une télécommande, revient en arrière. Une forme blanche remonta dans le haut de l’écran.

- Voyons cela, marmonna-t-il, concentré. Vous voulez récupérer le corps ?

- Non, non, non c’était seulement un collègue.

- Bien, nous disions donc…

L’image défila au ralenti. Une trappe qui s’ouvre, un homme qui tombe sur les grands pics, rejoignant deux autres corps empalés.

- Mmh on dirait qu’il a utilisé 3 pics non ? Hima, qu’en penses-tu ?

- Essaye l’autre caméra.

L’écran devint subitement noir, avant de passer à une autre image, une vue de haut. Le corps de Paul chutait. Nathalie 84 commençait à s’impatienter. Il fallait qu’elle aille travailler. Déjà que son collègue était assez gênant dans la vie, il fallait qu’il le soit aussi dans sa mort. Des larmes lui vinrent aux yeux. Si seulement il avait été plus patient, et moins têtu, peut être qu’elle aurait pu s’attacher à lui. Enfin maintenant il était trop tard. La voix du pharmacien la sortir de ses rêveries.

- Non regarde un quatrième a été utilisé là bas.

- Tu as raison Hima.

L’écran grésilla et l’image en direct revient. On pouvait voir à présent une masse, debout s’approchant des trois corps. Pios se mit à préparer la facture. Nathalie 84 ne pouvait s’empêcher de fixer son regard sur le corps de Paul… Pourquoi ne pouvait-il pas garder ses idées pour lui ? Elle avait été mal perçue par son patron ces derniers temps. Il faudra qu’elle soit sans aucun reproche pour faire oublier l’existence de son collègue. Maintenant il était en paix… Ses yeux s’agrandirent tout à coup. Elle pointa un doigt tremblant vers l’écran. Hima suivit son regard, examina la vidéo et se dirigea exaspéré vers le micro.

- Igor192, tu as vu ? Il bouge encore.

L’écran s’éteint brusquement.

- Ce n’est qu’un petit contretemps. Connaissez-vous l’endroit exact où il est né ?

- Non, il ne voulait jamais le dire, il faudra appeler mon patron, répondit Nathalie 84 encore choquée.

- Nous nous en chargerons, répondit Pios, la facture à la main. Voici la note avec l’entretien, les quatre pics utilisés…

Un coup de feu retentit dans les sous sols de la pharmacie.

- … et une balle, ajouta t-il en griffonnant sur le papier. Donc si nous calculons tout ça, ça vous fera…

- Je ne veux pas payer.

- Pardon madame ? demande Pios, un sourire charmant aux lèvres.

- C’était juste un collègue, je viens au nom de l’entreprise, je ne vais pas payer pour lui.

- Bien, bien, vous allez remplir un formulaire.

Pios disparut derrière les étagères. Hima terminait de ranger les derniers médicaments. Nathalie 84 lui rappelait une femme de sa jeunesse, qu’il avait influencé sans le vouloir, et qui avait été plus loin que lui dans ses propos…

- Vous devriez faire attention madame. Il ne faut pas fréquenter des personnes de ce genre.

- C’était seulement une connaissance. Je ne suis pas du tout d’accord avec ce qu’il pensait, qu’est ce que vous croyez ? répondit-elle sur la défensive.

- Et bien tant mieux, croyez moi, mieux ne vaut pas y penser.

- Et c’est toi qui dis ça ? riquana Pios en posant trois gros cahiers sur le comptoir. Voilà les fichiers à remplir, en trois exemplaires s’il vous plaît.

Nathalie 84 prit les cahiers sans rien ajouter et se mit sur le bord du comptoir. Pas la peine de s’asseoir, c’est bon pour la circulation du sang.

Hima ouvrit la porte de secours derrière les étagères et alla jeter le dernier carton à la poubelle. Pios en profita pour s’approcher de la femme, un grand sourire aux lèvres. Depuis toujours, il rêvait de poser ses lèvres sur celles d’une femme, comme dans les films interdits.

- Ça vous dirait d’aller boire un verre dans le café d’à côté quand vous aurez fini ?

Elle leva ses yeux mouillés vers lui.

- Je dois aller travailler.

 - Vous pleurez ? A cause de votre collègue ?

- Je ne pleure pas, dit-elle en s’énervant. J’ai les yeux qui piquent à force de lire toujours  la même chose !

- Je vais vous apporter des gouttes, dit-il d’un ton dédaigneux en s’éloignant.

Il n’aimait pas les femmes émotives. Il s’était encore trompé à leur propos. Il ouvrit un tiroir quand la sonnette se fit entendre. Il se retourna, un grand sourire aux lèvres… qu’il perdit aussitôt.

 

- File nous des blanchissements, et plus vite que ça ! dit un homme noir armé d’un fusil.

Pios leva instinctivement les mains en l’air. Quatre hommes noirs se tenaient devant lui, accompagnés d’un homme blanc. Hima surgit de derrière les étagères.

- Que se passe t-il ici ?

- C’est lui, ajouta l’homme blanc, c’est lui qui m’en a donné un.

- On veut des blanchissements, dépêche-toi !

Le sang de Pios ne fit qu’un tour. Il se tourna vers Hima et le foudroya du regard.

- Alors toi et tes idées à la noix ! Tu vois le résultat maintenant ? Je te l’ai dit que ça nous attirerait que des ennuis ! Quand je pense…

- Mets-là en veilleuse, le coupa l’homme au fusil. Toi, donne-nous des blanchissements.

- Je n’en ai plus que deux en réserve, je ne pourrai pas en fournir à tout le monde. Et ce n’est pas la peine de me menacer avec une arme, répondit calmement Hima.

- Tu fais ce que je te dis, un point c’est tout. Et dépêche-toi !

Hima se dirigea près du comptoir. Un homme noir le rejoint, vérifiant qu’il ne commettait pas d’erreur fatale. Il sortit deux blanchissements.

- Je n’ai plus que ceux-là.

- On en veut neuf, trouves-en nous neuf ! s’impatienta l’homme armé.

- Il faudrait que j’appelle la centrale, et ce genre de demande est très risqué…

… et prendra beaucoup de temps, ajouta Pios l’œil malicieux. J’ai télégraphié les policiers à la venue de votre ami, ils ne vont pas tarder. Tu vois que j’ai bien fait, Hima. On ne peut pas faire confiance à ces gens-là.

- Je veux bien vous aider mais mon collègue dit vrai. Allez vous-en. Les forces de l’ordre vont bientôt débarquer et…

- File nous des blanchissements et plus vite que ça !

Une explosion provint du café d’à côté. Les corps se tendirent à l’intérieur de la pharmacie.

- Donnez-nous tous vos médicaments ! Allez, allez !

Les deux pharmaciens ouvrirent un tiroir et sortirent les boîtes. Pios bouillonnait de rage.

- J’espère qu’à l’avenir tu feras plus attention.

- Et toi alors ? Tes soi-disant forces de l’ordre auraient dû être là depuis longtemps !

- Elles vont arriver, le télégraphe met du temps à transmettre les messages !

Un des hommes s’approcha de Nathalie 84, l’air coquin.

- Et si on menaçait la petite dame ? Peut être que nos deux amis s’activeraient un peu plus vite.

- Moi je finis de remplir mes papiers et je m’en vais, dit-elle, indifférente à l’arme pointée sur elle.

Hima et Pios ouvrirent un deuxième tiroir et vidèrent les médicaments sur le comptoir.

#

Le roulement d’un objet lancé dans la pièce. Des yeux qui s’écarquillent. La cohue immédiate apparait. Hima criant sans cesse « Je vous l’avais dit, je vous l’avais dit ». Un homme qui tente de s’échapper de la pharmacie. Et un arc électrique qui plonge le magasin dans l’obscurité et le silence total.

#

Le commissaire Segf examina la scène. Les médias seraient bientôt présents pour filmer le tout. Il fallait tout préparer. Déjà que cette journaliste, Iln, ne la lâchait pas.

- Que s’est il passé exactement Monsieur le commissaire ?

- Je ne sais pas encore. Une affaire de blanchissement.

- Et que faites-vous des victimes innocentes dans le magasin ? Ces employés, cette cliente ?

- S’ils étaient là, c’est que c’étaient des complices. C’est évident, non ? dit-il d’un ton menaçant.

- Oui monsieur le commissaire. Et comment avez-vous eu vent de cet évènement ?

- Nous avons reçu un message, signalant un trafic de blanchissement à cette adresse.

Ses hommes fouillaient les cadavres, essayant de trouver des indices.

- Alors pourquoi avoir lancé une grenade dans le bâtiment d’à côté dans un premier temps ?

Segf émit un rictus.

- Ce n’est pas nous qui l’avons fait, ce sont ces noirs là.

Iln suivait la police tout au long de la journée pour un reportage sur les bienfaits des forces de l’ordre. Le public allait suivre avec attention cette émission, surtout depuis que le Suprême avait investi beaucoup d’argent dans le matériel de ce secteur. Elle avait assistée à la précipitation inutile du commissaire pour balancer cette grenade dans le café d’à côté, alors qu’un blanchissement ne pouvait s’effectuer qu’en pharmacie.

Le commissaire sortit son arme et tira sur un de ses hommes. Il s’effondra par terre, sans un cri.

- Ce policier était complice de ces hommes, il leur a fourni l’arme qui a permis de faire d’innombrables victimes. N’est ce pas, journaliste Iln ?

- O…oui…

- Déplacez le corps sur la place les gars !

Les hommes s’activèrent. Iln baissa le regard et prit des notes dans son coin. Il ne fallait surtout pas se mettre le commissaire à dos, surtout faire ce qu’il voulait et comme il le voulait. Les caméras du sous-sol étaient complètement détraquées, on pouvait apercevoir par intermittence quelques corps coincés dans les pics.

Iln passa derrière le comptoir, notant le maximum de détails. Elle tenait un scoop, elle en était sûre. Le bruit des voitures volantes annonçait la venue de ses confrères, il fallait qu’elle fasse vite. Un léger bruit la fit sursauter. Elle se retourna et vit un homme caché dans les escaliers menant au sous-sol. Un employé si on se référait à sa tenue. Iln ouvrit la bouche pour signaler la présence de l’individu au commissaire. Les hommes tiraient le corps de leur collègue à l’extérieur, sans protester, sans émotion. Le commissaire se préparait à affronter les caméras.

- Monsieur le commissaire ? Pour peaufiner les derniers détails de votre histoire, il faudrait peut être supprimer la liste des noms des employés, non ?

- Sinon l’escouade de cassation pourrait effectuer des recherches compromettantes… bien joué Journaliste Iln, je vais envoyer un de mes gars régler ce détail.

Iln jeta un regard vers l’employé. Il la fixa, puis se dirigea sans aucun bruit derrière les étagères vers la sortie de secours. Elle se mit au bord du comptoir, essayant de le cacher au maximum. Igor192 se releva, entre-ouvrit la porte et se mit à courir de toutes ses forces dans la rue.

 

Publié dans Science fiction

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Commenter cet article

andymeteor.over-blog.com 22/02/2010 16:03



La manière dont tu abordes les choses est intéressante, mais je crois que si tu ajoutais les barres des dialogues ça rendrait la lecture beaucoup plus facile!
Je garde un oeil sur ton blog.



leslignesdegalatee.over-blog.com 22/02/2010 17:44


Merci pour les barres de dialogue, ça a dû disparaitre lors de mon copier coller. Tu as été courageux de tout lire dans ces conditions ^^ Merci beaucoup de ton passage, je m'en vais de ce pas voir
le tien ^^